Confinés ailleurs 1
Carnet de voyage

Confinés ailleurs

On va te conter comment s’est passé notre retour au pays. Pour rappel, on a tenté de passer la frontière Hongroise pour rentrer en France le 20/03. Il s’avère qu’elle était totalement fermée aux non-hongrois.

8 Avril

On continue d’appeler régulièrement les ambassades françaises voisines : Roumanie, Serbie, Ukraine, Hongrie, Autriche… Aucune solution.

Orban a totalement fermé la Hongrie, entrer en Serbie c’est aller en quarantaine forcée, l’Ukraine ne nous permettra pas de quitter le pays si on arrive à y entrer.

Depuis peu, plus aucun vol n’est assuré au départ de la Roumanie vers l’Europe. Aucun rapatriement. Même l’affreuse idée de laisser le van pour rentrer en France n’est plus possible (ouf!).


Puis, l’idée de chercher un groupe Facebook de « français en Roumanie » vient à nos oreilles. Après avoir essuyé moult critiques comme « Non mais restez là », « Ne disséminez pas plus le virus », « En France c’est pire! », « Vous êtes inconscients » … Nous rencontrons des gens très gentils qui font jouer leur réseau en Roumanie pour connaître les infos.

Au passage, on rappelle à ceux qui critiquaient, pourquoi on veut rentrer en France :
– On arrive à la fin de notre voyage et donc de nos économies,
– On n’a aucune idée de la durée du virus et son confinement (et deux mois plus tard, c’est pareil),
– On est chez des gens qui nous dépannent, mais là ça fait déjà 3 semaines,


En, fin de journée, on apprend que « l’on peut traverser la frontière hongroise par un petit poste de garde (à côté de celle où on s’était fait refusé il y a trois semaines), entre 22h et 01h ».

En parallèle, un couple d’allemands rencontrés en Bulgarie (et toujours bloqués là-bas) nous fait suivre un e-mail de leur ambassade avec la même information, lieu et créneau horaire.

Enfin, on fait valider l’information par un policier, cousin de la famille qui nous héberge.

Folie!

Il y a une piste pour rentrer avec le van, là, à 2h30 de notre maison de confinement.

On demande à nos hôtes de nous rédiger des attestations en Roumain pour quitter le pays, et une pour revenir si la tentative échoue à nouveau !

9 Avril

Vanlife, fourgon, camping-car, roumanie
Notre spot confiné avec Camille & Thomas !

Le lendemain, on est prêts. On nettoie nos chambres, nos fourgons, chaque vitre et rétro, chaque phare, … On se prépare à la scène interminable de « Mad Max ».

On ne sait pas du tout ce qui nous attend à la frontière, mais les informations que l’on a nous laissent penser à un douanier soudoyé, à une fraude pour entrer en douce dans un pays en dictature.

2h30 de route pour arriver à la frontière. On espère que l’on ne va pas échouer et revenir en pleine nuit chez nos hôtes…

La frontière doit ouvrir à 22h selon nos informations, on prévoit d’y être un peu après, pour ne pas griller notre chance.

On arrive à 22h15 et on découvre, stupéfaits, une interminable file de véhicules… Sans pouvoir apercevoir le poste de douane, la centaine de véhicules est à l’arrêt devant nous. On démarre de temps en temps et on avance de 5 voitures toutes les 10 minutes…

Ça va être long. Pendant l’attente, on découvre sur internet un document que l’on n’avait vu nulle part : une annonce du gouvernement roumain, d’il y a 3 jours.

On comprend que les roumains qui ont des contrats de travail en Allemagne et Autriche peuvent traverser la frontière. Certains pays ont dû faire pression sur la Hongrie… La main d’oeuvre est indispensable pour faire tourner ces pays.

3h plus tard, on est à 5 voitures de la douane! Un policier roumain qui s’occupe de la circulation nous dit que ça ne passera pas, que le passage concerne les Roumains qui travaillent en Autriche ou Allemagne, mais il finit par conclure par « Essayez vous verrez bien ».

Mais ils ferment la douane, 3 voitures devant nous, après 3h d’attente… « Revenez demain » qu’on nous dit. Il est 1h du matin et on est à 2h30 de chez nos hôtes ! 👴

On décide de passer la nuit sur le parking des poids-lourds juste à côté de la frontière. Spot de rêve.

10 Avril

Le jour suivant, on est déterminés à passer cette frontière infranchissable qui nous hante depuis un mois. Alors, on s’arme pour donner tord au policier (pas d’arme à feu hein) :

  • On a des attestations sur l’honneur en Roumain disant que l’on quitte le pays,
  • On rédige des attestations en Hongrois pour dire que l’on ne s’arrêtera pas et que l’Autriche nous accepte (ils ont peur que l’on reste bloqués chez eux),
  • Des attestations en Anglais et en Français pour dire que l’on peut rentrer dans notre pays (cocorico), 
  • On arrive à obtenir une attestation du ministère de la santé roumain certifiant notre auto-isolement en Roumanie pendant 18 jours (grâce aux voisins qui nous avaient dénoncé et donc au contrôle de police, merci à eux), idem on le traduit en Hongrois, 
  • On valide avec chaque ambassade les pays qui nous accepteraient après la Hongrie : Autriche et Suisse ou Allemagne : au choix. Rien n’est garantie mais il y a des chances que ça passe. C’était un peu notre quotidien.
  • Aucune ambassade ne nous délivre d’attestation de transit : ça, c’est chiant.

On veut anticiper et arriver 3h avant l’ouverture de la frontière, même si le policier nous a dit hier « Revenez à 22h ». Le type pensait qu’on venait d’arriver, à 1h du mat’, alors qu’on est là depuis 22h…

Mais une fois sur place, vers 19h, on comprend alors que :
– tous ceux de la veille sont déjà là, on a le dossard N.54…
– on est un vendredi férié, toutes les familles sont sur le départ,

D’après nos calculs, avec l’expérience de la veille, on devrait atteindre la douane avant sa fermeture, donc avoir une réponse, positive ou négative, concernant l’entrée en Hongrie.

douane roumanie, vanlife
Tout le monde sort des véhicules tellement c’est calme

Pendant les 3h précédant l’ouverture du Festival International de l’Attestation, je vais à parler à un douanier Roumain qui me dit qu’il faut travailler en Allemagne ou Autriche (déjà entendu ça).

Pas bon. Impossible de parler à un Hongrois de ce côté de la frontière…

Je vais alors voir la vendeuse de vignettes d’autoroute qui, la veille, donnait des papiers à remplir à ses clients. Il s’agit bien de deux papiers de transit pour la Hongrie et l’Autriche, 2€ la paire, c’est du vol mais on va le prendre et le remplir, c’est ça de plus.

On s’équipe aussi de 250 Lei – soit 50€ – à glisser dans le passeport afin de lui donner des ailes.

Là, on est armés jusqu’aux dents : 53 attestations, bakchiches en poche.

Un roumain partant travailler en Belgique revient me voir pour me dire qu’on ne passera pas. Il vient d’aller parler à la douane : ils lui ont dit que c’était mort pour la Belgique, donc aussi pour la France.

Pas bon… On est dégoûtes, mais on attend depuis 24h ici (et 3 semaines là bas), après avoir fait la moitié du pays. On va tenter quand même !
 
L’heure tourne, les voitures avancent, on est les seuls français… Pas bon non plus. Il y a uniquement des Roumains qui partent travailler dans toute l’Europe : Angleterre, Italie, Allemagne, Autriche, Luxembourg…

On n’est pas discrets avec notre gros Zébulon et les copains avec leur vieux Hymer.

23h approche, et puis c’est à nous… Enfin ! On s’avance : le grand fourgon aménagé et le camping-car de 1983, immatriculés en France, conduits par deux jeunes couples : on ne passe pas inaperçus.

Le policier qui prend nos papiers me fait une blague en demandant si je venais de dire que l’on allait en Australie ou en Autriche (Prononciation anglaise moyenne induite par un niveau de stress supérieur à la moyenne).

Je trouve ça culotté de faire de l’humour à quelqu’un à qui l’on va annoncer qu’il a perdu 2 jours et qui va être bloqué en Roumanie pendant des mois encore.

On nous fait avancer, nous demande d’ouvrir le fourgon, nous prend la température… J’attends le moment où ils me montrent comment faire demi-tour, comme aux deux véhicules roumains devant nous (pas bon signe). 

Bizarre comme étapes pour un refus.

Et puis là, je le vois. Je le reconnais ! Il est dans sa main. Elle le décolle, elle l’écrase sur notre pare brise.

Ce putain de sticker « Only for Transit » que l’on voyait partout 3 semaines plus tôt quand on nous l’avait refusé…

Le graal ultime signifiant que maintenant, tout est possible.

C’est alors que je comprends que l’on va pouvoir rentrer au pays et surtout avec notre maison… L’émotion était difficile à contrôler, du bonheur, du soulagement (beaucoup).

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Zébulon décoré de la médaille : retour à la maison

C’est parti ! Il est 23h, on a obligation d’avoir quitté la Hongrie avant 5h du matin.

On s’arrête un peu plus loin, on achète la vignette hongroise en ligne et on se pose sur « les rails » qu’ont créé les hongrois. On emprunte une autoroute sans issue que les hongrois n’empruntent pas (en couvre feu jusqu’à 5h!).

Les arrêts se font uniquement sur les quelques stations service « Only for Transit ».

11 Avril

En temps normal, traverser la Hongrie depuis la Roumanie pour l’Autriche c’est plié en 3h30.

Mais… on n’est pas tout seuls, pour rappel, le camping-car des copains est un Peugeot de 1983. Leur système de freinage est très fatigué donc anticipation indispensable, leur courroie accessoire peut lâcher à tout moment : on est bien… L’œil dans le rétro pour vérifier qu’ils suivent toujours.
 
90 km / h de pointe, avec une seule pause essence. Et si ça casse…? Une panne dans un pays en dictature ? À 2000 km de chez eux ? Les projections pessimistes sont pas jojo.

Mais ça passe ! On arrive à la frontière autrichienne.

4h19 : Autriche

On toque en Autriche comme pour entrer dans un moulin :
« – Vous rentrez chez vous? – Oui – Alors allez-y ».

Nos chemins se séparent, les copains préfèrent dormir un peu, et nous accélérer (scène Mad Max).

8h19 : Allemagne

On atteint l’Allemagne par une petite route, où l’on présente nos documents et le document attestant qu’après EUX, on peut rentrer en France. Nous voici en Allemagne, sûrs de rentrer chez nous.

13h34 : France

Au pays des droits de l’homme. Week-end de pâque oblige, chaque péage nous force à présenter notre justificatif dérogatoire d’entrée sur le territoire.

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Notre retour en France, seuls sur l’autoroute pour Toulouse

22h36 : Toulouse

On se gare à la maison. Suants et fatigués, mais heureux.

08h03 : Retrouvailles surprises

Visages soulagés et souriants de nos parents qui ne savait pas que nous avions pu rentrer !

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